Le chef spirituel du monde catholique, le pape Léon XIV, est aujourd’hui en Turquie… Il passera trois jours à Ankara, Istanbul et Nicée, puis se rendra à Beyrouth. Cette visite est centrée sur un seul événement : le 1700e anniversaire du concile de Nicée. Vendredi, il descendra sous les eaux du lac d’Iznik pour visiter les vestiges de la basilique Saint-Néophytos, qui repose en silence, et célébrera une messe parmi les pierres imprégnées de la mémoire de l’eau.
Alors que cette scène est présentée au monde entier aujourd’hui, un autre nom, que personne ne prononce, circule parmi ces pierres sous-marines : Arius… Mais les dossiers présentant Nicée au pape mentionnent-ils le nom de ce grand sage libyen et des ariens qui le suivaient ? Quelqu’un se souvient-il que la tempête qui a éclaté à Nicée il y a 1700 ans a touché non seulement le monde chrétien, mais aussi l’une des failles profondes de l’histoire de l’islam ?
Entre la monothonie et la trinité : Nicée
Le concile de Nicée est souvent présenté dans les récits historiques comme une simple discussion théologique. Or, il ne s’agit pas d’une petite « divergence d’interprétation » au sein de l’Église, mais d’une crise qui a éclaté au cœur même du grand débat entre la monothonie et la trinité.
D’un côté, il y avait Arius, sage ascète et contemplatif originaire de Libye… De l’autre, Athanase d’Alexandrie… Arius affirmait que Jésus (psl) était un serviteur créé, la parole et le messager de Dieu. Jésus n’était pas Dieu, mais un être humain créé par Lui et qui Lui rendait hommage. Athanase, quant à lui, défend l’idée que Jésus est « le Fils éternel, de même essence que le Père ». La question posée à Nicée est donc celle du combat à mort entre ces deux affirmations.
Ce n’est pas la révélation divine qui détermine l’issue du concile, mais la politique de l’époque. L’empereur Constantin, qui porte encore en lui les traces des traditions païennes, se range du côté d’Athanase ; la croyance en la Trinité est élevée au rang de doctrine officielle de l’empire. Mais l’histoire n’est pas un théâtre à scène unique. Le même Constantin se convertit peu après à la croyance d’Arius et termine ses derniers jours dans la foi chrétienne monothéiste. Son fils Constance II, qui lui succède sur le trône, s’emploiera personnellement à répandre la doctrine d’Arius sur les terres de l’empire.
Aujourd’hui, l’absence d’icônes et de figures dans certaines anciennes églises d’Istanbul n’est pas seulement un choix esthétique, un reflet du « goût byzantin » ; c’est le souvenir silencieux de l’héritage arien gravé dans la pierre. Ces scènes où les icônes ont été gravées, les visages effacés, mais où les ombres sont restées sur les murs, sont le reflet architectural de la tension incessante entre le monothéisme et la trinité.
Les iconoclastes et les iconographes à Istanbul
Pendant des siècles, Istanbul a été une ville assiégée non seulement par des armées politiques, mais aussi par des croyances. Entre 700 et 900 après J.-C., le débat le plus intense de Byzance a opposé les iconoclastes aux iconographes. En 726, l’empereur Léon III a considéré les icônes comme une continuation du paganisme et a ordonné leur retrait de toutes les églises. Cette « iconoclasme » n’était pas seulement une guerre contre les images, mais aussi les derniers échos de la tradition monothéiste arienne, une opposition née au sein même du christianisme.
Au milieu du siècle, l’impératrice Théodora, qui avait accédé au pouvoir après la mort de son mari, fit réintroduire les icônes dans les églises ; les iconographes bénéficiaient cette fois-ci du soutien du pouvoir étatique. Mais ce va-et-vient ne s’est pas complètement arrêté avant la conquête d’Istanbul par les musulmans. Car la question n’était pas de savoir s’il fallait ou non décorer un mur, mais comment tracer la frontière entre la conception de Dieu, la conscience de la servitude et le « visible » et l’« invisible ».
En 336, les idées d’Arius, un Libyen martyrisé à l’emplacement actuel de Sainte-Sophie, se transformèrent au fil du temps en une secte appelée « arianisme ». Le fondateur de la ville, Constantin, a adopté les enseignements d’Arius au cours des deux dernières années de sa vie et a exilé certains prêtres trinitaires. Son successeur, Constance II, est allé encore plus loin en faisant de l’arianisme la doctrine officielle de l’empire.
Comme le rapporte le grand savant andalou Ibn Hazm dans son ouvrage El-Fasl, le simple fait de savoir que les deux premiers empereurs byzantins étaient proches de la doctrine de la monothonie suffit à montrer à quel point les courants ariens, c’est-à-dire monothéistes, ont profondément marqué l’histoire d’Istanbul et de l’Anatolie.
Constantius II : la vague monothéiste à Rome
Après la mort du grand Constantin en 337, l’Empire romain fut divisé entre ses trois fils. La partie occidentale fut attribuée à Constantin II, les régions centrales (Italie-Afrique du Nord) à Constans, et la partie orientale, la plus puissante, à Constantius II. Constantinople, l’Anatolie, la Syrie, la Palestine, l’Égypte et les Balkans passèrent sous son administration. Alors que ses frères étaient proches de la ligne trinitaire, Constance II se rangea du côté de l’interprétation arienne ; il adopta la croyance en la monothénie, qui considère Jésus comme le serviteur et le messager de Dieu.
Au cœur de sa pensée politique se trouvait l’idée fondamentale suivante : ce qui fait respecter les lois, c’est avant tout la foi et la conscience dans le cœur, avant même l’épée. Il s’efforça d’éliminer l’oppression et les conceptions religieuses erronées, non pas en recourant à la force, mais en invitant les gens à rechercher sincèrement la vérité. C’est pourquoi les historiens musulmans le qualifient d’« empereur romain le plus proche de l’islam ». Il s’est efforcé de fonder l’autorité de l’État non pas sur la théologie trinitaire qui affirme que « Jésus est Dieu », mais sur une conception du christianisme proche du monothéisme.
Il a pour ainsi dire rayé d’un trait rouge les décisions trinitaires imposées par son père Constantin lors du concile d’Iznik en 325. Lors des conciles qu’il a réunis en 350, il a remis en question les décisions d’Iznik et a maintenu la même attitude lors de la réunion de Milan en 355. Ainsi, la croyance en la Trinité subit un coup dur sur la scène impériale ; les ecclésiastiques et les prédicateurs ariens trouvèrent un espace où ils pouvaient respirer. Le fait que l’Indien Théophile puisse appeler à la monothéisme en Éthiopie, dans les îles de l’océan Indien et dans la péninsule arabique était le résultat direct de cette protection politique.
À la mort de Constance II en 361, l’arianisme était devenu une croyance vivante dans la géographie romaine s’étendant de l’est à l’ouest, à travers la langue, le culte et les prières du peuple. Jérôme, traducteur latin de la Bible, décrivait cette situation en disant : « Le monde est rempli d’arianisme ». Mais son successeur, l’apostat Julien, rejeta complètement le christianisme et tenta de ressusciter l’ancien paganisme ; Théodose, qui monta ensuite sur le trône, lança une sévère purge contre les ariens afin d’officialiser la Trinité. Les églises furent fermées, leurs biens confisqués, les ecclésiastiques exilés et les livres brûlés.
Pourtant, ils ne purent effacer ni la phrase de Maris de Chalcédoine « Dieu soit loué, mes yeux sont devenus aveugles et je suis ainsi délivré de voir Jésus comme un dieu », ni l’héritage de la monothénisme propagé par Ulfilas parmi les tribus gothiques. Les paroles d’Arius étaient brèves, mais sa cause était profonde : « Jésus est un serviteur créé par Dieu ; il est sa parole et son esprit, mais il n’est pas Dieu. » Des siècles plus tard, lorsque le verset « Le Messie, fils de Marie, n’est qu’un messager de Dieu… » (Nisâ/171) confirma cette vérité, un autre chapitre de l’histoire allait s’écrire.
C’est pourquoi les historiens musulmans considèrent la lutte d’Arius pour la monothérapie comme un seuil préparatoire à l’avènement de l’islam. Cette croyance, qui s’était répandue à l’intérieur et à l’extérieur de Rome, de l’Éthiopie à l’Arabie, des terres gothiques à l’Asie centrale, a facilité l’acceptation de la monothérapie par les cœurs lorsque l’islam est arrivé.
La mémoire des pierres : les trois vies de Sainte-Sophie
Si le visage politique de cette vague de monothéisme apparaît chez Constance II, son visage architectural et symbolique s’incarne dans la première forme de Sainte-Sophie. Avant l’actuelle Sainte-Sophie, la première grande basilique, appelée « Megale Ekklesia », c’est-à-dire « Grande Église », a été construite sous le règne de Constantin II, vers 360, à proximité de l’actuelle Citerne Basilique. Elle fut le premier grand temple de la capitale impériale après que le christianisme eut été déclaré religion officielle à Rome.
Ce bâtiment fut détruit lors des tensions politico-religieuses de 404. À sa place, Théodose II fit construire en 415 une nouvelle église à l’emplacement de l’actuelle Sainte-Sophie. À partir de 430, ce bâtiment fut baptisé « Aya Sofya », qui signifie « Sagesse sacrée de Dieu ». En 532, lors de la révolte de Nika, la deuxième Sainte-Sophie fut également détruite par les flammes.
L’empereur Justinien ordonna la construction de la troisième Sainte-Sophie actuelle le 23 février 532 et confia cette tâche à Anthemios de Tralles et Isidoros de Milet. Les pierres transportées pendant cinq ans par des dizaines de milliers d’ouvriers furent assemblées dans un temple inauguré le 27 décembre 537. Ainsi, la ligne qui relie la première église construite à l’époque de Constance II à la basilique Sainte-Sophie de Justinien n’est pas seulement une continuité architecturale, mais aussi l’histoire gravée dans la pierre de la tension qui a régné pendant des siècles à Rome entre le monothéisme et la trinité.
La vague monothéiste qui déferla sur l’Occident : les Goths occidentaux
À la même époque, un mouvement similaire se produisit au nord de Rome. Les Goths occidentaux, d’origine germanique, adoptèrent la croyance monothéiste arienne au IVe siècle grâce au prêtre Yūfīlās (Wulfila). Cette croyance, qui considérait Jésus non pas comme Dieu, mais comme un serviteur et un messager créé par Dieu, était en contradiction inévitable avec la doctrine trinitaire de Rome. C’est pourquoi les ariens ont été victimes de la persécution romaine pendant des siècles.
L’un des plus grands leaders formés par Yūfīlās était le légendaire roi des Goths occidentaux, Alaric Ier. Arianiste et monothéiste, Alaric combattit les armées byzantines et romaines à partir de 395 afin de trouver une patrie sûre pour son peuple. En 410, lorsqu’il fut le premier commandant à franchir les portes de Rome, il détruisit le mythe de l’invincibilité de la « Ville éternelle ». L’objectif d’Alaric n’était pas un pillage barbare, mais de sauver les communautés ariennes de la persécution romaine et d’établir un ordre sûr.
Après Alaric, le royaume des Goths occidentaux devint un puissant État centré sur Toulouse. Il connut son apogée sous le règne du roi théodoric Ier, partisan de l’unicité de Dieu. Son influence fut telle que les critiques littéraires modernes voient en lui l’inspiration du personnage de Théoden dans « Le Seigneur des anneaux » de Tolkien. L’Espagne, le Portugal et le sud de la France sont entrés sous la coupe de ce royaume.
Mais cet ordre centré sur le monothéisme a été ébranlé lorsque Recarado Ier s’est converti au catholicisme en 586 pour des raisons politiques. Alors que la majorité du peuple restait arius, le royaume a commencé à se fissurer de l’intérieur lorsque la cour s’est tournée vers la trinité.
C’est précisément à cette époque qu’un enfant naquit dans la péninsule arabique : le prophète Mahomet ﷺ. Avec lui, le drapeau de l’unicité fut à nouveau hissé ; il atteignit rapidement l’Afrique du Nord, puis les anciennes terres des Goths occidentaux. C’est pourquoi l’entrée de Târik ibn Ziyâd en Andalousie en 711 n’était pas seulement une conquête militaire.
De nombreux Goths ariens, opprimés par la pression catholique, s’allièrent aux musulmans ; les portes des villes s’ouvrirent sans combat dans de nombreux endroits. Le monothéisme apporté par les musulmans faisait revivre l’essence réprimée de l’arianisme. Par la suite, l’Andalousie, avec Cordoue, Tolède, Séville et Grenade, allait devenir l’une des civilisations les plus brillantes de l’histoire de l’humanité.
Les Goths orientaux et Théodoric : le roi arius de la justice
L’autre grande scène du monothéisme dans l’Europe post-romaine était le royaume des Goths orientaux. À la fin du Ve siècle, ce royaume régnait sur un vaste territoire comprenant certaines parties de l’Italie, de la Suisse, de l’Autriche, de l’Allemagne, de la France et de l’Espagne actuelles. Au cœur de ce royaume se trouvait un grand souverain attaché à la foi unitaire arienne : Théodoric le Grand.
Terry Unger, dans son ouvrage Ragnarok : The Fate of the Gods, écrit : « Le célèbre grand roi Théodoric avait assuré la sécurité et la paix à son peuple pendant cinquante ans. Il était arien, mais son peuple le connaissait et l’aimait. Son royaume s’étendait sur toute l’Italie, une partie de l’Allemagne, une partie de la Gaule (France) et une grande partie de l’Espagne. Il exerçait également son influence sur une grande partie de l’Afrique du Nord. »
La grandeur de Théodoric ne résidait pas seulement dans la précision de son épée, mais aussi dans sa justice, dans l’importance qu’il accordait à la liberté de religion et dans l’équilibre qu’il avait établi grâce à un double système juridique. Les Goths ariens, les Romains catholiques, les différentes tribus et confessions vivaient selon leurs propres lois, aucune communauté n’était persécutée uniquement en raison de ses croyances. Les routes commerciales ont été réparées, l’ordre urbain rétabli, la charge fiscale allégée, les faibles et les pauvres pris en charge.
Les mosaïques effacées de la basilique Sant’Apollinare Nuovo à Ravenne sont la preuve tangible de la volonté de l’Église catholique d’effacer ce passé arius. Les figures qui marchaient entre les colonnes ont été détruites ; il ne reste que les traces effacées des mains, des vêtements et des ombres. Tout comme les rois arius que l’on voulait effacer de l’histoire…
Alors que l’Église voulait faire oublier le nom et la foi de Théodoric, la mémoire populaire l’a au contraire glorifié. Le personnage qui apparaît sous le nom de Dietrich von Bern dans les épopées germaniques et scandinaves est l’incarnation même du roi idéal qui s’oppose à l’oppression. Dante, dans la Divine Comédie, tente de le condamner du point de vue catholique en le plaçant en enfer, mais dans les épopées populaires, Théodoric reste le symbole de la justice et du courage.
Cette contradiction est clairement illustrée par cette phrase de Jérôme, qui a traduit la Bible en latin :
« Une grande partie du monde est perplexe. Car on s’étonne que Théodoric, qui a apporté la paix aux hommes, soit ariusiste. »
Le royaume des Vandales : le pont silencieux de l’unicité en Afrique du Nord
Au cours des mêmes siècles, un autre peuple ariusiste fit son apparition : les Vandales. Cette tribu germanique venue du nord de l’Europe adopta, sous l’influence de Wulfila, une doctrine arienne monothéiste qui considérait Jésus comme le serviteur et le messager de Dieu. Au début du Ve siècle, ils traversèrent le Rhin et s’allièrent aux Alains ; en 409, ils atteignirent la péninsule ibérique et s’installèrent en Hispanie baétique.
Le peuple commença à appeler cette région « Vandalusia », nom qui devint plus tard « Andalousie ». C’est au cours de ces années que Geiseric, qui grandissait, fut témoin des tortures, des bûchers et des exilations infligés aux croyants ariens, et fut rempli d’une profonde colère contre Rome. En 429, il traversa le détroit de Gibraltar avec son armée.
À son arrivée en Afrique du Nord, les populations africaines l’accueillirent non pas comme un envahisseur, mais comme un libérateur face à l’oppression romaine. En effet, la grande majorité des chrétiens d’Afrique du Nord étaient déjà ariens.
Lorsque les Vandales assiégèrent Hippone, saint Augustin, l’une des grandes figures du catholicisme, se trouvait dans cette ville et y mourut pendant le siège ; le destin voulut que l’un des plus puissants symboles de la théologie catholique rende son dernier souffle dans l’ombre des armées ariennes. Les Vandales conquirent ensuite Carthage et constituèrent l’une des plus grandes marines de la Méditerranée. En 455, Genséric entra dans Rome ; la ville fut sous le contrôle des Vandales pendant deux semaines. Les historiens romains ont aimé décrire cet événement comme « la destruction vandale » ; pourtant, plutôt que des massacres, il s’agissait d’une scène où la fierté impériale fut brisée, le butin emporté, mais où il y eut beaucoup moins de sang versé que ce que Rome avait fait pendant des siècles.
Des siècles plus tard, le monde catholique inventa un nouveau mot pour présenter les Vandales comme des barbares et des destructeurs : « vandalisme ». On oublia le passé de Rome, qui avait pendant des siècles détruit des villes, massacré des populations et incendié des temples ; ce mot fut attribué à un royaume monothéiste arien. Ce fut l’un des jeux de langage les plus subtils de la propagande politique.
Malgré cela, l’histoire n’a pas réussi à étouffer complètement la voix de la vérité. L’Histoire ancienne de Cambridge note : « Les peuples d’Afrique du Nord ont accueilli les Vandales non pas comme des envahisseurs, mais comme des libérateurs. Car les Vandales ont supprimé les lourds impôts romains, mis fin à l’oppression des prêtres catholiques et accordé au peuple la liberté de vivre selon ses propres croyances. »
En 468, la flotte combinée romano-byzantine fut incendiée au large de Cap Bon, en Tunisie, par les navires incendiaires chargés d’huile d’olive de Genséric ; des centaines de navires furent réduits en cendres en quelques heures, et la domination de la Méditerranée passa aux mains des Vandales. Sous le règne des Vandales, les impôts furent allégés en Afrique du Nord, les villes furent reconstruites, le commerce et l’agriculture reprirent vie, et le monothéisme arius devint la religion dominante.
Sur ordre de l’empereur Justinien Ier, le général byzantin Bélisaire arriva en Afrique avec la promesse de « rétablir la justice » ; Carthage lui ouvrit ses portes. Mais dès qu’il prit le pouvoir, l’ordre romain fut rétabli : les églises ariennes furent fermées, les ecclésiastiques furent chassés, les lourds impôts furent rétablis et les prêtres catholiques reprirent le pouvoir. En 534, le royaume vandale fut détruit, mais l’héritage du monothéisme continua de vivre dans le cœur du peuple.
Comme le rappelle le professeur Thomas R. Martin :
« Nous ne devons pas oublier que la grande majorité de la population des régions romaines d’Afrique du Nord était chrétienne arienne. Nous devons considérer l’arrivée des Vandales non pas comme une invasion, mais comme la suite naturelle de la foi. »
Moins d’un siècle plus tard, lorsque les armées musulmanes arrivèrent en Afrique du Nord, la population accueillit l’islam non pas comme une « religion étrangère », mais comme le retour du monothéisme perdu. Entre la chute du royaume vandale et l’essor de l’islam en Afrique du Nord et en Andalousie, il existait un lien secret que la plupart des livres d’histoire ont ignoré, mais que la mémoire géographique n’a pas oublié.
Istanbul, ville de l’unicité
Aujourd’hui, alors que le pape Léon XIV se penche sur les eaux d’Iznik et se prépare à raviver la mémoire du concile, la véritable question est la suivante : qui lui rappellera Arius et les ariens ? Qui racontera comment la voix de l’unicité, que l’on a voulu faire taire il y a 1700 ans, a résonné sur ces terres pendant des siècles ?
Qui se souvient aujourd’hui de la faille historique évoquée par le Prophète (psl) dans la lettre qu’il a envoyée à l’empereur byzantin Héraclius en mentionnant les « ariens » ? Qui garde encore à l’esprit la réalité évoquée dans cette lettre, à savoir que le courant monothéiste issu du christianisme avait la possibilité de s’unir à l’islam ?
Et n’oublions pas un détail peut-être moins connu : les premiers habitants d’Istanbul étaient les peuples du Maghreb. Constantin, qui a fondé la ville, a fait venir les premiers habitants de Libye, de Tunisie, d’Algérie et du Maroc. Aujourd’hui, la ville ancestrale de Constantine, en Algérie, est le deuxième centre qu’il a fondé ; c’est en quelque sorte le « deuxième Istanbul ». Les pierres de cette ville ne portent pas seulement la signature de Rome, mais aussi le souffle du monothéisme venu d’Afrique.
Istanbul est une ville monothéiste. Ayasofya, Çemberlitaş, l’ombre des remparts, les mosquées et les églises entremêlées, les traces des ariens que l’on a voulu effacer, le drapeau de l’unicité que les musulmans ont hissé à nouveau se rejoignent à l’horizon.
En fin de compte, la question se résume à ceci :
Le pape vient à Nicée, mais Arius est toujours sous l’eau…
Le rappeler, c’est rendre justice à la lutte pour l’unité qui reste vivante dans la mémoire de cette région. Révéler à nouveau ce nom silencieux qui attend sous l’eau, sur les faces érodées des mosaïques, à l’ombre des pierres, n’est pas seulement un devoir historique, mais aussi un devoir de conscience au nom de la vérité…
